«Autour de Genève et du Léman d'où sort le Rhône, en Suisse romande, dans le pays de Gex, en Savoie et dans le Val d'Aoste, entre les Alpes et le Jura, une région cherche à exister quoique divisée par les frontières de trois états.» Denis de Rougemont, 1977

Le ciment historique de ce territoire c’est l’arpitan, l’une des grandes (bien que méconnue) langues romanes. Ses variantes locales sont encore en usage dans certaines régions rurales montagneuses (Monts du Lyonnais, Forez, Gruyère, Savoie, Valais, Val d’Aoste et Piémont) mais elle a totalement disparue des plaines et des zones urbaines. Son souvenir reste cependant présent dans notre vocabulaire et nos expressions quotidiennes.

L’arpitan a «sans doute marqué toute la culture de la région et laissé des traces profondes dans l’inconscient de ses habitants» notait en 1977 Denis de Rougemont, le penseur suisse de l’Europe, dans L’avenir est notre affaire. Historiquement, cette région trinationale qu’on se propose d’appeler aujourd’hui Arpitanie coincide au deuxième royaume de Bourgogne.

Toujours selon de Rougemont, «une région écologique (le Léman et ses affluents, par exemple), n’aura pas la même extension qu’une ethnie, ou qu’un système de flux économiques, ou qu’une tradition historique. Le territoire de l’une n’est pas celui de l’autre ou plutôt ne le recouvre qu’en partie. Il convient donc de prévoir autant de régions qu’il y a de fonctions régionalisantes, chacune ayant pour extension le territoire de sa réalité.»

«Pratiquement, poursuit-il, ce territoire ne peut-être que celui de l’ensemble des communes intéressées à l’exercice de telle fonction – enseignement, environnement, production et distribution d’énergie, transports, hygiène, implantations industrielles, planification agricole, etc.»

L’un des pôles économiques et écologiques de l’Arpitanie, c’est l’arc lémanique. Si, plus au nord, la région de Bâle, Mulhouse et Fribourg-en-Brisgau (Suisse, France et Allemagne) a su développer un statut particuler sous les vocables de Regio Basiliensis ou Regio TriRhena, l’eurorégion Léman tarde à se concrétiser.

«L’ennui, écrit le journaliste savoyard Serge Coste, c’est que ni les mentalités, ni les infrastructures ne se sont adaptés à cette nouvelle situation. Jaloux de leurs prérogatives, de plus en plus réduites à des potentats de quartiers, les élus locaux ont toujours beaucoup de mal à résonner en terme de communauté urbaine. (...) À force d’étirer Genève jusqu’au pied des Voirons, des Hermones, de la Vallée Verte et des Mémises, le bas Chablais ressemble de plus en plus à une banlieue.»

Il est urgent de mettre en chantier cette Lémanie et cette Arpitanie.

Arpitanie /aʁ.pi.ta.ni/ féminin

  1. L'Arpitanie désigne un ensemble de régions européennes (suisses, italiennes et françaises, Savoie incluse) géographiquement cohérent - hormis un petit isolat en Italie du sud - ayant la langue arpitane en commun. Chaque région possède ses propres dialectes arpitans, ce qui n'exclut pas l'intercompréhension avec les autres régions.

"QU'EST-CE
QU'UNE FRONTIERE AU MILIEU D'UN LAC?

L'EAU BOUGE, C'EST RIDICULE."
(Cette phrase de Charles-Ferdinand Ramuz est rapportée par Paul Gay dans «Ramuz savoyard», in Présence de Ramuz, La Guilde du livre, p. 101. Voir la préface de Francis Olivier pour Un coin de Savoie et autres textes sur la Savoie, éd. Séquences, 1989, note 7, p. 11.)




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